La crise ne concerne pas les riches.
La crise financière dite "des subprimes" et ses conséquences ne concernent pas les riches.
En effet, les actionnaires, sur 10 ans, ont vu leur portefeuille boursier gonfler d'au moins 200%.
En revanche, depuis le début de la crise, on constate des pertes atteignant au grand maximum 20%.
Donc 200% de bénéfices moins 20% de pertes, cela équivaut toujours à 180% de bénéfices. Ce chiffre est un minimum.
Les actionnaires gagnent un peu moins qu'avant dans une logique à court terme et seulement dans cette logique. Dans une évaluation à moyen ou à long terme, les bourses et les actionnaires se sont largement enrichis, et ça continue.
Ce qu'il faut comprendre dans cette crise, et qui n'est absolument pas relayé par les médias, c'est que nous assistons à l'effondrement d'un système idéologique, à savoir le capitalisme financier ultra-libéral. Il s'agit d'une crise idéologique et politique, qui n'est ni financière ni même réelle.
En effet, le capitalisme financier est comparable à une bulle virtuelle qui gonfle et qui gonfle, pour reprendre l'image usuelle.
Le seul moyen que les banquiers et autres acteurs boursiers ont trouvé pour nous faire croire que cet argent soit réel repose sur la manipulation de l'information médiatique.
Ils ont posé un capteur à l'entrée de la bulle ou du ballon, et mesurent les flux d'argent qui entrent. Ainsi, lorsque beaucoup d'argent entre pour gonfler d'avantage la bulle, la satisfaction est générale et on nous assure que l'économie est en pleine croissance. En revanche, lorsque la bulle ne gonfle plus mais se contente de maintenir son volume, on nous alerte, nous terrorise par ce mot : crise.
Qu'est-ce qu'une crise ?
Un moyen de faire peur à la population pour ainsi immobiliser ses forces vives face aux réformes antisociales mises en place. Une manière de focaliser l'attention sur des chiffres qui représentent le taux de remplissage d'une bulle gigantesque et non le volume de l'ensemble de la bulle. Lorsqu'un taux diminue, jusqu'à devenir négatif, cela ne signifie absolument pas que les actionnaires ou les entreprises ne font plus de bénéfices. Cela indique simplement qu'ils en font un peu moins qu'avant.
Cet aveuglement est la conséquence directe de l'idéologie du capital financier, qui consiste à faire le plus de bénéfices possibles le plus rapidement possible, ce qui aboutit à des évaluations de l'économie limitées à des taux de rendement totalement non représentatifs. Ce modèle est incarné par l'idéologie dominante actuellement en Amérique du Nord et en Europe, particulièrement en France.
Des pays comme le Japon, ou encore ceux d'Europe du Nord (Norvège, Suède, Finlande) connaissent une idéologie différente. Il s'agit du capitalisme industriel. Là, il n'est plus question de rendement. Il s'agit de créer le meilleur produit de la meilleure manufacture possible, de manière à battre tous les autres, moins chers, sur le plan de la qualité. Ainsi, à court terme, l'investissement et le rendement ne sont pas rentables, mais à long terme, les bénéfices seront forcément au rendez-vous, puisque le produit est meilleur et plus durable que les autres. Concrètement, il s'agit d'un modèle différent de consommation. Vous vous étonnez de devoir changer votre téléviseur, votre machine à laver ou votre voiture tous les 3 ans ? Dites vous bien que les ingénieurs ont prévu cette durée de vie limitée précisément pour que vous achetiez à nouveau le même produit périssable et polluant.
La crise financière n'est donc qu'une illusion informative. Les capitaux continuent à augmenter. En revanche, ce qui est inquiétant, c'est que les stratégies à long terme commencent à entrer dans leur phase la plus prolifique face à des logiques à court terme pauvres et inefficaces. Le Japon est un exemple de cette concurrence, puisqu'il est depuis longtemps déjà Deuxième puissance économique mondiale. Mais surtout, la Chine, qui a été la plus sévèrement affectée par la récente crise, apparaît comme championne des logiques à court terme et ainsi imbattable par ces mêmes logiques. Les Occidentaux n'ont aucune chance face à cette Chine innombrable au taux de croissance avoisinant les 8%.
Que pouvons nous faire avec 1% ou même 4% de croissance ? Simplement nous incliner et abdiquer de notre empire économique, battus par les illusions que nous avons nous-mêmes créées.
Si j'affirme que cette crise ne concerne pas les riches, c'est d'une part parce que l'illusion de la crise cache une réalité de bénéfices financiers continus depuis au moins 10 ans. C'est d'autre part parce que cette illusion sert de légitimation à l'idéologie ultra-libérale, qui consiste en un renversement du marxisme, c'est à dire une lutte des classes où l'État prend systématiquement des mesures pour rendre les riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres. Ainsi, les 7000 milliards de dollars déboursés en faveur des banques défaillantes selon leurs propres critères d'évaluation. Certains avanceront qu'il s'agit de prêts et non de dons. Cette hypocrisie ne peut pas couvrir ces opérations, où les seuls perdants sont l'État et les citoyens qu'il représente.
L'État et les États auraient du entrer au capital de ces banques irresponsables et incompétentes, au lieu de signer un chèque en blanc. Imaginons un citoyen lambda, qui a contracté un découvert de 10 000 dollars. Il se rend donc à sa banque et demande un prêt de 100 000 dollars, car ainsi il parviendra à rembourser les 10 000 dollars de manière garantie ! De qui se fout on ? La réponse normale à cette demande devrait toujours être non, que ce soit celle d'un citoyen ou celle d'une banque. Le constat affligeant d'un règlement des crises selon deux poids deux mesures s'impose.
De plus, non contents de cette prime, de ce bonus de fin d'année pitoyable, les spéculateurs préfèrent désormais spéculer sur les matières premières, plus réelles que les instituts financiers, c'est à dire l'industrie agro-alimentaire. C'est un mouvement qui a commencé depuis l'année dernière, car la crise a été anticipée par ces gens fort bien renseignés. Du coup, les prix de l'alimentation ont augmenté en flèche, jetant dans la rue des centaines de milliers de manifestants contre la famine partout dans le monde, ce que nos médias adorés se sont bien gardés de nous montrer, ou si peu. Un enfant meurt de faim toutes les 5 secondes sur cette planète.
Regardez bien la somme des 7000 milliards de dollars gracieusement "prêtée" aux banques. Il faut 30 milliards de dollars par an pour éradiquer la faim dans le monde. La somme déboursée ou plutôt créée pour relancer la finance mondiale aurait pu nourrir toute la planète durant 233 ans.
Pour conclure, et se rapprocher de nos conditions de vie occidentale, ce qui va se passer, c'est que peu à peu l'économie réelle va être affectée par cette "crise". Augmentation du lait, du pain, de tous les produits de première nécessité. Parallèlement, les gouvernements vont profiter de la paralysie des peuples induite par le conditionnement médiatique terrorisant tout un chacun pour faire passer des réformes favorables aux dirigeants d'entreprises, aux foyers aisés, en nivelant les salaires par le bas tout en augmentant le temps de travail. Forcément, plus on travaille, moins on réfléchit. Le résultat sera un appauvrissement des classes moyennes et une augmentation exponentielle de la misère dans tous les pays. Si on y ajoute quelques guerres loin de chez nous pour nous divertir et enrichir un peu plus les entreprises pétrolières, je ne vous propose pas de perspective réjouissante. La pire possibilité serait que les peuples se révoltent, car cela entraînerait beaucoup de souffrances inexorablement et un chaos d'au moins 50 ans.
50 ans, c'est à peu près le nombre d'années qu'il nous reste avant d'épuiser toutes les ressources pétrolières de la planète. Encore un autre chiffre : pour donner à l'ensemble de l'humanité l'équivalent du niveau de vie actuel d'un américain, il faudrait 9 planètes.