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11 septembre 2009


Chant lunaire

Peindre ma peine
L'excitante hésitation
Drôle au toucher, grave au clocher
Sonnette serpent à fendre l'âme.

Huître close éveillée
Par quelques rocheuses caresses
Débauchée, ouverte prête
A rendre les armes.

Adorée butineuse, théâtre organique
Des charmes, rêves et sortilèges.

Pleine de beaux gestes
Habile nudité
Susurrante et désespérée
Racle le fond des mémoires.

Noire rouges, évoqués frissonnés, endiablés.
Souffles satisfaits, permutés
S'arrêtent et reprennent
Glissent gluants encore un peu.

Et le matin, au petit lever
Saborde et rayonne, entrave et délaisse.

21 août 2009



Melancolia


Un cœur glacé, une foudre emmitouflée
Réveillée par l'orgueil ma vanité.
Une pierre éclatée, rouge jusqu'au sang
Évaporée telle une douce larme
Sur ta joue rosie par ce Feu.
Ose libère-toi, sors de ton corps.
Parle-moi ou tais-toi.

Glisse jusqu'en nous, gémis encore.
Oublions-nous, encore et toujours
Jusqu'aux souvenirs écarlates
Pour en rire. Arrache ma peau
Ou je meurs du Soleil, sur notre être
Poisseux luisant, humide.
Et quelle Eau coule en notre cours !

Jaillis, brume fripe, étripe pénètre.
Reluis jusqu'à la lumière
La foudre tendre, l'électrique humidité.
Dans l'étreinte ma folie refroidit.
Ta chaleur embaume mon corps
Ruisselle sur mon âme enivrée
Des vagues de peau excitée

Qui font sens, qui font sens.

07 août 2009


Par-delà le bien et le mal - Extraits choisis

"
La causa sui est la plus belle contradiction interne qui ait jamais été inventée, une sorte de viol et d'attentat à la logique.
Mais l'orgueil extravaguant de l'homme l'a conduit à s'empêtrer de plus en plus dans les profondeurs redoutables de cette absurdité.
Le désir du "libre arbitre", entendu au sens superlatif et métaphysique qui règne encore, malheureusement, dans les cerveaux à demi cultivés, le besoin de porter l'entière et ultime responsabilité de ses actes et d'en décharger Dieu, le monde, l'hérédité, le hasard, la société, n'est en effet rien de moins que le besoin d'être soi-même cette causa sui. Plus hardi que le baron de Crac, on tente de se saisir soi-même aux cheveux pour se tirer du marécage du néant et se hisser enfin dans l'existence. Et si quelqu'un venait à éventer la niaise rusticité de ce fameux concept du "libre arbitre", au point de le rayer de son esprit, je le prierais de faire un pas de plus dans la voie des "lumières" et d'effacer aussi de son cerveau le contraire de ce pseudo-concept, je veux dire le "serf arbitre" qui aboutit à un même abus des notions de cause et d'effet.
Il ne faut pas concrétiser la "cause" et "l'effet", comme le font à tort les savants naturalistes, et tous ceux qui comme eux pensent en termes de nature, en se conformant à la balourdise du mécanisme régnant, qui imagine la cause comme un piston qui pèse et pousse jusqu'au moment où l'effet est obtenu ; il ne faut user de la "cause" et de l'"effet", que comme de purs concepts, c'est à dire comme de fictions conventionnelles qui servent à désigner, à se mettre d'accord, nullement à expliquer quoi que ce soit.
Dans "l'en-soi" il n'y a nulle trace de "lien-causal", de "nécessité", de "déterminisme psychologique" ; l'"effet" n'y suit pas la "cause", aucune "loi" n'y règne. C'est nous seuls qui avons inventé comme autant de fictions la cause, la succession, la réciprocité, la relativité, l'obligation, le nombre, la loi, la liberté, la raison, la fin ; et quand nous introduisons faussement dans les "choses" ce monde de signes inventés par nous, quand nous l'incorporons aux choses comme s'il leur appartenait "en soi", nous agissons une fois de plus comme nous l'avons toujours fait, nous créons une mythologie.

...

Cette tension de l'âme dans le malheur, qui lui donne l'énergie, son sursaut devant le grand naufrage, son inventivité, son courage à supporter le malheur, à l'endurer, à l'interpréter et à l'utiliser, tout ce qui a jamais été donné à l'homme de profondeur, de mystère, de masque, d'esprit, de ruse, de grandeur, n'a-t-il pas été acquis par la souffrance, par la discipline de la grande douleur ?
Dans l'homme, le créateur et la créature se trouvent unis, car l'homme est matière, fragment, superflu, argile, boue, folie, chaos ; mais l'homme est aussi créateur, sculpteur, dur marteau, divin spectateur qui au septième jour contemple son oeuvre - comprenez-vous cette antithèse ? Comprenez-vous que votre pitié à vous, s'adresse à ce qui doit être pétri, brisé, forgé, buriné, brûlé, fondu, purifié de ses scories, à tout ce qui nécessairement souffrira et doit souffrir ?
Et notre pitié, ne comprenez-vous pas à quoi va notre pitié à nous, au contraire, quand elle se défend contre votre pitié comme contre la pire des mollesses, la pire des faiblesses ?
Donc, pitié contre pitié ! Mais une fois encore, il y a des problèmes plus hauts que tous ces problèmes du plaisir, de la douleur et de la pitié, et une philosophie qui se réduit à ceux là n'est que naïveté.

...

Nous autres immoralistes ! - Ce monde qui est le nôtre, dans lequel c'est nous qui avons à craindre et à aimer, ce monde presque invisible et inaudible de subtils commandements, de subtile obéissance, ce monde des approximations sous tous les rapports, ce monde épineux, séduisant, aigu, délicat, certes il est bien défendu contre les épais spectateurs et la curiosité indiscrète.
Nous sommes enserrés dans un réseau étroit, dans une camisole de devoirs dont nous ne pouvons nous dépétrer ; c'est en quoi nous sommes "des hommes de devoir", nous aussi. Parfois, il est vrai, il arrive que nous dansons dans nos "chaînes" et entre nos "épées" ; plus souvent, c'est non moins vrai, nous grinçons des dents, et la secrète dureté de notre sort nous exaspère. Mais nous avons beau faire, les sots et l'apparence disent de nous : "Ce ne sont pas des hommes de devoir." Nous auront toujours contre nous les sots et l'apparence.

...

Réintégrer l'homme dans la nature, triompher des nombreuses interprétations vaines et fumeuses qui ont été griffonées ou barbouillées sur ce texte primitif éternel, obtenir que dorénavant l'homme endurci par la discipline scientifique adopte devant l'homme tel qu'il est à présent la même attitude que devant l'autre nature ; qu'il ait le regard intrépide d'un Oedipe et les oreilles bouchées d'un Ulysse, qu'il soit sourd aux appeaux des vieux oiseleurs métaphysiques qui trop longtemps lui ont seriné : "Tu es mieux que cela, tu es plus grand, tu as une autre origine", - c'est une tâche qui peut sembler étrange et folle, mais c'est une tâche, qui pourrait le nier ?
Pourquoi l'avons nous choisie, cette tâche insensée ?
Ou, en d'autres termes, pourquoi la connaissance ?
Tout le monde nous le demandera. Et nous, pressés ainsi, nous qui nous sommes déjà posé cent fois la question, nous n'avons pas trouvé et ne trouvons pas de meilleure réponse que ...

Apprendre nous transforme, ...

Qu'est-ce, en fin de compte, que la vulgarité ?
Les mots sont des symboles pour les idées, mais les idées sont les signes imagés plus ou moins précis de sensations qui reviennent souvent et ensemble, de groupes de sensations.
Il ne suffit pas pour se comprendre d'employer les mêmes mots ; il faut aussi désigner par les mêmes mots la même sorte de réalité intérieure ; il faut, en somme, avoir en commun certaines expériences. C'est pourquoi les gens d'un même peuple se comprennent mieux entre eux que les ressortissants de nations différentes, même si ces derniers parlent la même langue. Ou plutôt, quand les hommes ont longtemps vécu ensemble dans des conditions identiques, dans le même climat, sur le même sol, exposés aux mêmes dangers, ayant les mêmes besoins, faisant le même travail, alors naît une communauté de gens qui "se comprennent", une nation.
Dans toutes les âmes un nombre égal d'expériences qui reviennent souvent a pris le dessus sur d'autres qui se présentent rarement ; on s'entend vite à leur sujet, et de plus en plus vite ; l'histoire du langage est l'histoire d'un processus d'abréviation. C'est en raison de cette rapide compréhension qu'on s'unit de plus en plus étroitement. Plus la situation est périlleuse, plus grand aussi le besoin de se mettre vite et aisément d'accord sur ce qu'il convient de faire ; se bien comprendre dans le danger, voilà qui est absolument nécessaire au commerce entre les hommes.
Dans toute amitié, dans tout amour on refait cette même expérience, sinon l'une ni l'autre ne dure, dés que l'on découvre que sous les mêmes mots l'un des deux met d'autres pensées, d'autres sentiments, d'autres aspirations, d'autres craintes que son partenaire. La peur de "l'éternel malentendu, voilà le génie bienveillant qui retient si souvent deux personnes de sexe différent de contracter une union inconsidérée à laquelle les entraineraient les sens et le coeur ; c'est celui-là qui intervient et non le "génie de l'espèce" imaginé par Schopenhauer.
Quels sont les groupes de sensations qui s'éveillent en premier lieu à l'intérieur d'une âme, qui prennent la parole, qui donnent des ordres, voilà qui décide de toute la hiérarchie, qui établit toute la table des valeurs. Les jugements de valeur que porte un homme trahissent quelque chose de la structure de son âme, disent ce qu'elle considère comme ses conditions d'existence, ses nécessités particulières.
A supposer maintenant que la nécessité soit ce qui de tout temps a rapproché des hommes qui pouvaient désigner par les mêmes mots de mêmes besoins et des expériences identiques, il en résulte en somme que parmi toutes les puissances dont les hommes ont jamais disposé, la plus puissante doit avoir été la facilité avec laquelle une nécessité se laisse rapidement communiquer, ce qui revient à n'avoir que des expériences médiocres et communes. Les hommes les plus semblables entre eux, les plus ordinaires, avaient l'avantage et l'ont encore ; les hommes d'une qualité plus choisie, plus fine, plus rare, moins faciles à comprendre, ont grande chance de rester isolés ; dans leur isolement, ils succomberont à des accidents et auront rarement une descendance.
Il faut faire appel à de prodigieuses forces adverses pour contrecarrer ce processus in simile naturel, trop naturel, ce progrès qui rend les hommes de plus en plus semblables en médiocrité, de plus en plus moyens, moutonniers - vulgaires !

"
Nietzsche.

24 mai 2009


Production, diffusion, rémunération ;
Les enjeux de l’évaluation des œuvres d’Art.

Les nouvelles technologies, Internet, les réseaux d’échange de fichiers et les périphériques informatiques de stockage ont profondément changé les modes de diffusion des œuvres d’Art. Cette évolution inquiète les acteurs traditionnels du marché de l’Art, car peu à peu, la transformation s’étend à la production culturelle et à sa rémunération, touchant ainsi le cœur de métier des producteurs d’Art.
En effet, la diffusion numérique induit la dématérialisation des œuvres.
Ce processus de virtualisation des marchandises culturelles remet en question les modalités de la création artistique et donc celles de sa production, mais également la valeur même des œuvres.

Quelle valeur donner à une œuvre virtuelle, abstraite, circulant à toute vitesse sur toute la planète ?
De telles œuvres s’éloignent considérablement du statut de marchandise.
Le marché, le capital et les entreprises deviennent incapables de capter la valeur des œuvres, elle leur glisse entre les doigts.
En revanche, les notions philosophiques d’intérêt général, de bien commun, de collectivité culturelle, trouvent une nouvelle application.
Le virtuel est un devenir, une création perpétuelle, une œuvre jamais aboutie.
Or l’avenir est justement le concept clef au centre des notions humanistes d’intérêt général, de collectivité humaine œuvrant pour les générations futures.
Evaluer une œuvre virtuelle par sa valeur marchande devient ainsi impossible, car on ne peut évaluer un devenir, ni vendre un produit inachevé.
Face à ce défi, cette transformation culturelle majeure, le risque est tout simplement de voir l’Art en tant que tel disparaître dans le virtuel.
Pour contrer cette progressive disparition, qui a déjà commencé, il faut nous plonger dans les racines européennes les plus florissantes : l’esprit des Lumières, les origines humanistes, la Renaissance culturelle.

I) L’Art et la Science, des marchandises pas comme les autres.

Aux origines de notre culture, l’Art et la Science n’étaient pas autant dissociés qu’aujourd’hui. Ces deux domaines ont évolué selon la même dynamique antique de création, de génie, et sont réunis par le concept d’œuvre de l’esprit.
Toutefois, ces deux disciplines se sont scindées par l’effet de mouvements contraires. Alors que la conception classique de l’Art renvoyait à l’Universel, au Beau et à l’Esthétique, qui sont des valeurs intemporelles et collectives, l’Art moderne est devenu une marchandise, une propriété individuelle ou personnelle. A l’inverse, la Science a été fondée par des individualités fortes, qui ont imprégné de leur marque les découvertes de leurs successeurs, qui se sont peu à peu réunis en une communauté scientifique internationale.


A) Le modèle universitaire

Le modèle universitaire français est l’héritier des philosophies humanistes des Lumières, et à ce titre, il est sans doute le plus représentatif de la structure de communauté scientifique.
En effet, même si les chercheurs déposent des brevets ou publient des ouvrages à leur nom, c’est très rarement le fait de leur seule individualité, mais plutôt celui d’une équipe de recherche, ou d’une entité privée comme un laboratoire.
Justement, l’Université est publique. Elle n’appartient à personne mais à tout le monde, et en particulier aux générations futures.
Les sciences universitaires sont traditionnellement scindées en deux catégories arbitraires, les sciences humaines et les sciences dures.
Les sciences humaines créent de nombreuses œuvres de l’esprit, pourtant le dépôt de brevet y est exceptionnel, tant il est difficile de trouver un financement privé ou une exploitation commerciale des résultats de recherche qui justifieraient un dépôt de brevet. Ainsi, le financement des recherches est public. Naturellement, toutes les recherches ne peuvent pas être financées par l’Etat, qui est responsable devant le contribuable.
La question de la sélection des recherches les plus intéressantes pour l’ensemble de la société débouche de cette manière sur la problématique de l’évaluation des recherches. Cette évaluation est collective, elle est assurée par la communauté scientifique internationale. Les nombreuses revues scientifiques jouent un rôle dans la représentation de cette communauté.
Selon l’écho que ces revues dirigées par des spécialistes donneront à telle ou telle recherche, celle-ci se verra confortée dans sa légitimité et verra ses financements prolongés. De même, l’ampleur de la reprise de résultats par des équipes de chercheurs pour les vérifier, les critiquer ou les approfondir donne la mesure d’une reconnaissance par la communauté scientifique internationale.
C’est le modèle de l’évaluation par les pairs.

Du côté des sciences dures, en général les scientifiques qui déposent des brevets, le plus souvent en équipe, ne sont pas à l’université car ils n’y trouvent ni les financements pour des recherches ambitieuses, ni les salaires qui leur sont offerts par les laboratoires privés internationaux.
Toutefois, la méthode expérimentale employée par la grande majorité des équipes de recherche est telle qu’il n’est véritablement pas possible d’attribuer une découverte scientifique au seul génie d’un chercheur. Certaines figures historiques viennent évidemment à l’esprit, mais la découverte de la bombe atomique par Einstein aurait-elle été possible sans la découverte du Feu par un sauvage anonyme ? En effet, les principes expérimentaux les plus élémentaires stipulent bien que toute recherche, pour être scientifiquement crédible, doit être non seulement communicable à l’ensemble des chercheurs, mais également reproductible, vérifiable et dynamique.

Dès lors, les brevets et les secrets industriels apparaissent en totale opposition avec le principe même de Science. Accaparer une découverte scientifique ou technologique revient à priver la communauté scientifique de cette découverte. La propriété intellectuelle n’est pas un outil favorable à la Science. C’est un outil de rentabilité qui rémunère surtout les gestionnaires à la tête des laboratoires, très peu les chercheurs et quasiment pas l’Université, ni la communauté scientifique dans son ensemble. Les brevets sont un frein important à la diffusion des connaissances dans le monde et à l’amélioration des conditions de vie humaine. Ils empêchent notamment les médicaments d’être distribués à ceux qui en ont le plus besoin.

B) L’exemple des majors

Les maisons de production musicale, cinématographique et les maisons d’édition sont incarnées par des entreprises multinationales à fort chiffre d’affaires qui sont en situation de quasi-monopole sur le marché de l’Art, via des pratiques d’entente entre concurrents et de mainmise sur les vecteurs de diffusion et de promotion traditionnels : télévision, radio, journaux, grandes surfaces et petites boutiques.
La logique financière de ces entreprises leur permet de soumettre tous les acteurs importants du marché et de promouvoir leur catalogue.
En effet, par exemple, les majors payent souvent les radios pour diffuser les artistes de leur marque ou leur publicité. C’est une concurrence déloyale pour tous les autres modèles de production musicale, puisque la production alternative est représentée par de petites structures indépendantes qui n’ont pas les moyens de payer autant les radios ou les télévisions détenant les parts d’audience les plus significatives. De même, des contrats d’exclusivité avec les distributeurs ferment le marché aux producteurs indépendants, qui résistent parfois, mais au prix d’une diffusion confidentielle assortie d’une rémunération en conséquence. Sur le marché de la musique, les majors, après des processus de fusions financières, ne sont plus que 4 sur la planète et gèrent la très large majorité des œuvres musicales diffusées au grand public. Elles sont réunies dans des lobbies d’influence politique afin de protéger les intérêts privés de leurs ayants droit, et ainsi leurs propres intérêts financiers. Cette influence est antidémocratique et corruptrice. Elle touche tous les secteurs publics censés défendre l’intérêt général : Justice, législatif, exécutif, médias. Ce consortium de quelques majors gère un catalogue de plusieurs milliers de références qui n’est pas exhaustif, ni même représentatif de la créativité musicale humaine.

Ainsi, les œuvres qui sont effectivement produites par les majors sont issues d’une sélection dirigée par ces multinationales, et donc d’une évaluation des artistes et des œuvres, sur des critères essentiellement, si ce n’est purement, commerciaux. La rentabilité commerciale est dans ce système au cœur de la production, de la diffusion et de la rémunération de la Culture. Notre propos ici n’est pas de prôner la destruction pure et simple de ces structures, qui ont le mérite de produire une culture populaire, accessible au plus grand nombre. Néanmoins, l’accent doit être porté sur le ridicule de la situation : quelle compétence peut bien avoir un directeur commercial dans le domaine artistique pour évaluer la beauté, la portée d’une œuvre et le génie ou le talent de son créateur ? Cette culture, formatée par les désirs d’une audience consommatrice, est très pauvre, et laisse dans la misère et l’anonymat les artistes les plus doués et les plus originaux.
Au fond, c’est bien là le problème central de cette réflexion : les créateurs ne touchent qu’une part infime des bénéfices réalisés par l’exploitation commerciale de leurs propres créations, et ces bénéfices ne permettent de financer que quelques nouveautés insipides, laissant sur le carreau nos génies, censurés, bâillonnés. La communauté artistique est affamée et survit grâce à l’évènementiel ou l’enseignement.

II) L’évaluation subjective et la production culturelle

L’évaluation subjective est un pléonasme. Que l’on soit esthète, directeur commercial ou consommateur, tous les choix que nous effectuons sont guidés par une évaluation forcément subjective, humaine. Les critères de beauté et d’originalité sont aussi subjectifs que les critères de part d’audience et de rentabilité financière, car ils ne sont pas absolus. Un produit culturel peut plaire à une majorité de consommateurs, il n’en est pas pour autant objectivement beau ou original, ni même de nature absolument artistique, surtout lorsqu’il a été dicté par des études de marché.

A) L’évaluation quantitative

Le modèle de l’évaluation quantitative est aujourd’hui majoritaire dans le marché de la Culture. C’est le modèle privilégié par les majors.
C’est un véritable choix de société, qui répond à une nécessité culturelle par des modalités économiques chiffrées. C'est-à-dire que non seulement les œuvres d’Art et les artistes sont évalués par le système, mais en plus ils le sont de manière quantitative, économique, financière, commerciale.
En conséquence, l’artiste le mieux rémunéré n’est ni le plus doué ni le plus original, mais celui qui plaît au plus grand nombre de consommateurs.
Les consommateurs, en achetant les produits culturels créés par tel ou tel artiste, sont juges de la qualité artistique des œuvres.
Les artistes quant à eux sont évalués sur leurs résultats de vente et de rentabilité. L’évaluation quantitative des produits culturels induit la dissociation de l’œuvre et de son créateur. En effet, si les artistes sont évalués indirectement par les consommateurs qui choisissent (ou non) d’acheter leurs œuvres, l’évaluation directe des créateurs est effectuée par les gestionnaires et les publicitaires des majors, chargés d’évaluer chaque artiste non sur des critères artistiques ou même formels, techniques, mais sur la rentabilité à court terme de leurs œuvres. Un artiste n’est presque jamais évalué sur l’ensemble de son œuvre pour la simple et bonne raison que l’écrasante majorité des œuvres diffusées au grand public sont des nouveautés issues de créateurs peu expérimentés. Si l’on essayait de compter les artistes « durables » qui sont produits par les majors et vendent beaucoup sur le long terme, on en serait réduit à quelques centaines de créateurs pour plus de 6 milliards d’êtres humains, ce qui laisse perplexe, dans la mesure où les majors représentent l’écrasante majorité des productions culturelles dans une situation quasi-monopolistique. Ainsi, l’évaluation quantitative des œuvres et des artistes conduit les catalogues à diminuer en taille autant qu’en qualité. La rémunération des artistes est la conséquence directe de cette évaluation. Tous les artistes ne peuvent pas être produits, diffusés et rémunérés par les majors. Il y a donc une sélection des artistes qui se fait au travers d’une évaluation quantitative de leurs œuvres sur des critères commerciaux par des spécialistes de la gestion ou de la publicité. Seuls les quelques créateurs qui passent cette sévère sélection quantitative sont rémunérés. C’est tout un potentiel humain de création alternative et concurrentielle qui se dévoile ici et apparaît comme oublié et gaspillé. D’autre part, les créateurs effectivement rémunérés le sont fort peu.
Les contrats de production oscillent souvent entre 1 et 6 % des bénéfices reversés à l’artiste et le reste est gloutonnement avalé par les maisons de production, qui utilisent cet argent d’une part pour la valorisation du capital de leur entreprise en payant des dividendes à leurs actionnaires et d’autre part pour l’investissement nécessaire à la diffusion et à la promotion, ainsi que la production de nouvelles œuvres ou de nouveaux artistes.
Ces structures privées captent la plus grande part de la valeur des œuvres. L’artiste ne touche que des cacahuètes, qui semblent pourtant suffisantes pour que quelques centaines de créateurs mènent un train de vie démesuré.
Dans un contexte économique de financiarisation de la vie des entreprises, on peut craindre que les actionnaires ne captent abusivement les revenus d’une culture qu’ils appauvrissent, au lieu d’investir les bénéfices issus de l’économie culturelle pour revaloriser notre Culture, en produisant par exemple des œuvres de qualité.

De même, la diffusion et la promotion des produits culturels par les majors sont profondément remises en cause par les modèles émergents sur Internet. On peut s’étonner de cet entêtement à financer exclusivement des modes de distribution coûteux et obsolètes, qui bloque les initiatives et les idées nouvelles.

B) L’évaluation qualitative

Un argument souvent élevé contre l’évaluation qualitative des œuvres d’Art consiste à dire qu’une telle évaluation serait subjective, et donc arbitraire ou même impossible. Un tel argument est fallacieux et témoigne de la pensée formatée et étriquée qui règne sur notre époque. Répétons le, toute évaluation, qu’elle soit quantitative ou qualitative, est subjective, dès lors qu’elle évalue un objet subjectif en lui-même comme l’œuvre d’Art humaine.
Ainsi, toute évaluation revêt un aspect autoritaire et arbitraire. L’évaluation quantitative des œuvres sur les critères d’audience ou de résultats de vente que nous connaissons aujourd’hui est ainsi subjective et arbitraire, car elle sélectionne non seulement très peu d’artistes parmi les nombreux créateurs, mais en plus les élus ne sont ni les plus doués ni les plus travailleurs, mais en général les moins originaux. Si l’on se tourne vers l’Histoire, il est frappant de constater que toutes les grandes époques de renouveau culturel ont été marquées par des exigences sévères de résultat qualitatif. C'est-à-dire que l’évaluation des œuvres reposait sur les critères de maîtrise technique, de virtuosité, conjointement au critère de l’effet provoqué par l’œuvre sur les spectateurs, l’Esthétisme.
Que ce soient les grandes tragédies grecques, les œuvres musicales classiques, la peinture de la Renaissance ou la poésie surréaliste, toutes ces œuvres ont été évaluées et sélectionnées sur ces critères qualitatifs avant d’être diffusées.
Il ne s’agit pas de nous apitoyer sur la grandeur disparue de notre culture, mais de faire un bilan, d’évaluer quantitativement et qualitativement les résultats des productions contemporaines à la lumière des siècles d’histoire artistique humaine. Cette évaluation historique et qualitative des œuvres a eu pour résultat de promouvoir un grand nombre d’œuvres intemporelles, qui sont encore diffusées aujourd’hui, alors qu’elles ont été créées il y a parfois plusieurs milliers d’années. Ces œuvres, durables et belles, sont à l’origine même de notre culture.
Avec le système purement quantitatif, nous ne produisons plus que des œuvres périssables, périmées et oubliées en quelques mois.
Qu’allons-nous transmettre culturellement aux générations futures ?

L’évaluation qualitative des œuvres pose le problème de la compétence artistique des acteurs du marché culturel responsables de l’évaluation, de la sélection et de la production des artistes.
Historiquement, ce pouvoir a été détenu par les religieux, puis par les Rois et leur cour, donc par l’Etat, puis encore par les mécènes, jusqu’à aujourd’hui où ce pouvoir est détenu par les marchands d’Art. Ce n’est pas un petit pouvoir.
Celui qui le détient est responsable de choix de sociétés, de choix politiques qui concernent les générations futures au premier plan.

Ici, il est donc bien question de pouvoir culturel. Les acteurs susceptibles de se répartir les compétences d’évaluation, de production, de diffusion et de rémunération des œuvres seraient donc l’Etat, les marchands d’Art institutionnels, les producteurs indépendants et le réseau des citoyens incarné par Internet. L’évaluation qualitative, quant à elle, n’est possible que si elle est réalisée par les pairs, c'est-à-dire la communauté artistique elle-même, étendue aux critiques d’Art, aux esthètes et aux mécènes.

III) Une rémunération équitable et diversifiée

Internet, en facilitant la diffusion des œuvres, a aussi rendu possible la diffusion de nombreuses créations inconnues du grand public, qui échappent au domaine de la propriété. Ce modèle économique libre abandonne totalement la marchandisation de l’Art. Ce modèle est plein de potentialités que la société devrait encourager, au lieu de chercher à punir les adeptes du modèle gratuit.
Trop peu d’artistes sont rémunérés et les bénéfices des industries culturelles ne sont pas réinvestis dans les structures culturelles.
L’Etat a son mot à dire dans la question culturelle autant que le réseau des citoyens et les acteurs privés du secteur. Une consultation institutionnelle devrait être créée afin de réunir ces acteurs tout en agissant pour la diversité des modèles économiques culturels.

A) La diversité, un modèle économique

Une rémunération équitable des artistes nécessiterait une évaluation qualitative des œuvres par les pairs assortie d’une évaluation quantitative raisonnable.
La culture et l’Art ont leur place dans le domaine public.
C’est un secteur stratégique dans un pays comme la France, car avec l’Education, la Culture est un des piliers de l’exception française, une force de rayonnement économique et culturel. Les nouvelles technologies, la Science et la culture sont des domaines de pointe qui doivent faire l’objet d’un investissement massif. Les entreprises privées ont manifestement préféré investir dans des rendements à court terme, aussi dans l’intérêt général, l’Etat a la responsabilité d’investir dans des structures culturelles à long terme.
L’université publique est un exemple de structure culturelle et scientifique. Aujourd’hui non seulement l’aspect culturel, humain, des sciences est menacé, mais en plus l’Art n’a que peu de place dans l’Université, faute de crédits suffisants. L’aspect culturel des structures éducatives est un peu oublié dans notre société, alors que c’est un vecteur de communication, de transmission et de création indispensable à notre survie.
Le réseau Internet est une opportunité pour les citoyens français de révéler leurs talents et de diffuser leurs créations. En captant une partie de la valeur des œuvres du domaine public dont les œuvres diffusées sur Internet, l’Etat pourrait rémunérer modestement un grand nombre de nouveaux artistes.
Cette rémunération serait ainsi conditionnée à une évaluation qualitative, effectuée par des structures culturelles publiques avec une mission de sélection qualitative d’artistes par des jurys de pairs, mais également un rôle de production et de diffusion des artistes sélectionnés.
Cette diffusion serait prioritaire sur les médias publics et mènerai de front une juste concurrence aux majors sur le marché du grand public.
Etant donné la nature des structures étatiques, le danger d’une trop grande influence de l’Etat dans la culture est réel, comme nous l’ont montré diverses expériences historiques de cultures officielles, de propagande étatique.
Les majors sont nécessaires pour contrebalancer le poids de l’Etat dans la culture, mais elles doivent être soumises à la protection de la culture et la rémunération des artistes du domaine public. La culture ne peut être un produit comme les autres, mais au contraire un modèle consacré à la diversité économique soutenu par l’Etat. Des recettes peuvent être réalisées par des taxes sur les abonnements Internet, les abonnements de téléphonie mobile, les supports de stockage informatiques si elles sont assorties de régulation des prix de ventes de ces produits. Mais l’Etat pourrait également trouver des revenus publicitaires issus des diffusions des œuvres publiques sur des médias publics comme Internet, avec pourquoi pas, assortie à cette publicité, la vente sur le marché de produits comme des coffrets de CD, des livres, une licence globale pour télécharger librement sur Internet.

L’ensemble de ces revenus serait partagé entre les structures culturelles étatiques, les petites structures privées indépendantes sous la forme d’aides publiques et la communauté artistique, via la rémunération de ces derniers par les sociétés de répartition.

B) Les sociétés de répartition des revenus

Face à la diversité des modèles économiques culturels, le modèle libre gratuit, le modèle des entreprises privées de production, le modèle de production étatique et tous ceux qui restent à inventer, la société doit s’efforcer d’aider chacun de ces modèles et de les réguler de manière à assurer une libre concurrence. Toutefois, si ces questions sont fondamentales pour la rentabilité financière de la culture, elles doivent être dissociées de la rémunération des artistes. Que les majors produisent des œuvres après sélection quantitative et rémunèrent en conséquence des artistes, c’est leur bon droit, cependant, leurs pratiques monopolistiques doivent être condamnées et remplacées par un marché de libre concurrence, de manière à non seulement étendre le nombre d’artistes effectivement rémunérés, mais également favoriser les investissements publics et privés sur la qualité des œuvres. Avec des crédits suffisants, des institutions comme l’Université, les conservatoires ou d’autres pourraient recruter des artistes professionnels ou des critiques d’Art afin d’évaluer les nouveaux talents et leur proposer des contrats de production dans les infrastructures publiques, de diffusion dans les médias publics et Internet, et de rémunération. Cette rémunération des artistes peut être rationnalisée si elle est reconnue comme un moyen efficace de permettre à tous les artistes de se consacrer à leur Art. Rémunérer tous les artistes qui vendent très peu d’œuvres mais sont reconnus pour leur talent par les autres artistes, leur pairs, est possible. Il faudrait verser un revenu équivalent à au moins 80% du SMIC, assorti de facilités d’accès aux logements et aux services publics à tous les artistes produits et évalués par l’Etat, mais également aux artistes libres qui pourraient justifier soit d’un grand nombre de téléchargements ou de diffusions, soit d’un dossier artistique soumis à un jury d’évaluation qualitative étatique. Evidemment, un tel système aurait ses limites et ne pourrait pas rémunérer tous les artistes. Mais ce serait déjà un grand pas pour la création et la culture, qui lancerait un renouveau culturel dynamique et durable. Les sociétés de répartition des revenus culturels, comme la SACEM ou la SPEDIDAM rémunèrent actuellement les droits d’auteur détenus par les artistes sur la diffusion ou l’exploitation commerciale des œuvres. C’est un modèle de rémunération appuyé sur une évaluation purement quantitative qui n’est pas satisfaisant. Les critères de rémunération pourraient être étendus à la sélection qualitative par des jurys étatiques, mais également à la prise en compte des œuvres diffusées sur Internet. Techniquement, compter le nombre de diffusions d’une œuvre sur Internet est difficile, mais ce n’est pas impossible avec un bon budget. Il est au moins possible de l’évaluer raisonnablement, par l’analyse des flux mainstream et l’utilisation de nouveaux outils statistiques fiables pour les sites moins connus. Un artiste qui souhaite être rémunéré pourrait installer sur son site un outil statistique édité ou reconnu par l’Etat, et qui transmettrait aux sociétés de répartition le nombre de diffusions.
Toutes ces idées ont un prix et nécessitent un solide investissement public, parce que la Culture est notre avenir et notre valeur ajoutée la plus performante. Tous les acteurs privés sont concernés par l’état de la culture dans notre pays et en sont même responsables exclusivement, puisque les modèles culturels étatiques et libres sont écrasés par leur monopole.
Ils doivent donc participer au financement de la Culture en tant qu’acteurs institutionnels du marché culturel, parmi lesquels nous devrons compter les majors du disque et du cinéma et les maisons d’édition, mais également les fournisseurs d’accès à Internet qui vendent des services d’accès culturel et les constructeurs de matériel informatique, qui vendent des produits de nature culturelle et éducative.

« Le seigneur est le bateau, les gens ordinaires l'eau : l'eau porte le bateau ou le fait chavirer.»
Proverbe chinois

26 février 2009


Maître-Chanteur


Le ciel s’embrase, crie sa couleur mort.

La forêt s’endort, la lune étincelle.

De mes rideaux je tire la ficelle,

Aussitôt, le Serpent-rêve me mord.


Procyon lotor, Quel est le moteur

Du bonheur, dis le moi, maître-laveur.

Est-ce un leurre, une illusion sans saveur ?

Mon ami tout poilu, alors chanteur :


Lève-toi de bonne heure, salue, prie celle,

Belle attendue, qui fait battre ton cœur,

Te porte enfant, sa douceur, sans rancœur,

Qui te nourrit de soupe au vermicelle.


N’oublie pas de te laver les aisselles !

17 février 2009



Le Parti Pirate Français : Agir pour la liberté culturelle.


Citoyennes, citoyens,

Face à la mainmise des lobbies financiers sur le pouvoir politique,
Confrontés à la disparition de la sphère publique des débats démocratiques,
Déplorant la dévalorisation de l’Education et de toute culture,

Exigeons la garantie de nouveaux contre-pouvoirs,
Imposons le débat par la diffusion d’idées neuves,
Créons le projet d’une société axée sur la transmission culturelle et scientifique.


I) Réforme du droit d’auteur :
Protéger, valoriser et transmettre la culture

A) Changer de modèle économique

Face à la crise, les pouvoirs publics n’ont pas su prendre d’autre mesure que de renflouer les caisses des banques avec l’argent des contribuables.
Ce n’est pas acceptable. Le système bancaire est en faillite.
La crise actuelle démontre que notre système économique est non seulement instable, mais également inéquitable, amplifiant les inégalités sociales.
Il est de notre devoir de citoyens d’alerter l’opinion publique et de proposer un nouveau modèle économique, stable et performant.
Les valeurs bancaires, fleurons de l’économie traditionnelle européenne, sont aujourd’hui dépassées par les mutations culturelles et scientifiques actuelles, qui ouvrent de vastes perspectives pour la création et l’innovation.
Trop de retard a déjà été pris.
Sans plus attendre, notre société doit se détourner des valeurs matérialistes et déshumanisantes propagées par le système de la spéculation financière, et se tourner vers l’avenir.
La plus grande richesse de la France au sein de l’Europe et de la communauté internationale, ce n’est plus la puissance de production industrielle ni son successeur, le système bancaire.
Notre plus grande richesse aujourd’hui est incarnée par la Culture : les Sciences et le savoir-faire technologique ; l’Art et les créations culturelles.
Dans le domaine industriel, les entreprises françaises n’ont aucune chance de résister à la concurrence internationale, en raison d’une main d’œuvre trop qualifiée, moins nombreuse et donc trop chère, ce qui provoque des délocalisations désastreuses sur le plan de la vitalité économique de notre pays.
Le domaine financier est quant à lui instable et précaire : certes, il maintient temporairement l’économie française à un niveau de richesse, mais au prix de l’inégalité sociale et au risque de voir tout le système s’effondrer en temps de crise.
Les Français ne sont ni les meilleurs dans le domaine industriel ni les meilleurs dans le domaine bancaire.
En revanche, les Français sont pionniers en matière d’innovation scientifique et technique et de création artistique et culturelle.
Or, les politiques successives des pouvoirs publics ont ignoré ces atouts, ce qui nous a conduits à un retrait des moyens alloués à l’éducation, la culture et la recherche scientifique.
Nous devons, par le biais de l’expression démocratique, alerter l’opinion publique sur le fait que nous sommes en train de perdre nos plus grandes richesses.
Exigeons ensemble d’appuyer le développement économique sur nos ressources les plus importantes : l’éducation, la culture, la science, les nouvelles technologies et l’innovation.
Inventons un développement durable fondé sur la préservation et la valorisation de notre patrimoine culturel et scientifique.

B) Rémunérer la création et garantir le droit à la culture

Les industries françaises et le système bancaire doivent être soumis à l’impératif du développement culturel, et non l’inverse comme c’est le cas aujourd’hui.
La relance de l’économie ne peut pas se permettre d’ignorer les plus grandes richesses françaises. Il s’agit d’inscrire la société dans son ensemble dans le développement durable. C'est-à-dire d’une part de créer des emplois qualifiés et durables dans le domaine culturel et scientifique et d’autre part de rémunérer ces emplois à la mesure du travail accompli.
La question qui se pose ici est donc celle du financement de la culture et des recherches scientifiques.

- Mettre en partenariat société civile, entreprises privées et organismes publics
Les seules forces du marché ne peuvent pas garantir la préservation et la promotion de la diversité culturelle, gage d’un développement humain durable. Dans cette perspective, il convient de réaffirmer le rôle primordial des politiques publiques, en partenariat avec le secteur privé et la société civile.
Ces partenariats ont pour fonction de stimuler la production, la sauvegarde et la diffusion de contenus diversifiés dans les médias et les réseaux mondiaux d’information, et, à cette fin, de promouvoir le rôle des services publics de radiodiffusion et de télévision.
Nous devons combattre le lobbying dans les questions publiques et notamment culturelles.
Les médias, associés aux pouvoirs publics, diffusent aujourd’hui sur la question du financement de la culture des stéréotypes qui ne correspondent pas à la réalité concrète de la création culturelle et de la recherche scientifique.
Le débat entre ceux qui soulèvent l’inquiétude de la rémunération des créateurs et des chercheurs, et ceux qui revendiquent un droit d’accès universel aux savoirs culturels et scientifiques a été dépassé sur le plan des idées depuis longtemps.
Ces deux approches sont complémentaires et l’une ne peut pas exister sans l’autre. L'objectif officiel du système du droit d'auteur a toujours été de trouver un équilibre entre les intérêts des éditeurs et ceux des consommateurs, afin de promouvoir la culture. Aujourd'hui, cet équilibre est complètement rompu, à tel point que les lois sur le copyright restreignent très sévèrement le but qu'elles étaient censées promouvoir.
Seul un point de vue mercantile et réducteur est aujourd’hui diffusé, méprisant non seulement la garantie historique du droit à la culture par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, mais également la simple consultation démocratique des artistes et des acteurs culturels sur leur propre rémunération. Le Parti pirate veut rétablir l'équilibre dans la législation du droit d'auteur.
Nous ne pouvons pas continuer à laisser les grandes sociétés des médias écrire et faire respecter leurs propres lois arbitraires.
Forger des partenariats entre secteur public, secteur privé et société civile est la seule manière de lutter contre les lobbies.
En associant étroitement les différents secteurs de la société civile à la définition des politiques publiques visant à sauvegarder et promouvoir la diversité culturelle, par la création d’espaces de dialogue démocratique entre les citoyens et l’Etat, en particulier sur Internet, les citoyens doivent exiger la garantie de contre-pouvoirs efficaces.
Nous devons également reconnaître et encourager la contribution que le secteur privé peut apporter à la valorisation de la diversité culturelle, et faciliter, à cet effet, la mise en place d’espaces officiels, transparents et publics de dialogue entre secteur public et secteur privé, soumis au contrôle démocratique des citoyens.
Il s’agit enfin de susciter à travers l’éducation une prise de conscience de la valeur positive de la diversité culturelle et améliorer à cet effet tant la formulation des programmes scolaires que la formation des enseignants. Le recul de la culture française ne peut être dissocié ni de l’éducation ni des politiques actuelles désastreuses de retrait des moyens affectés à l’éducation, la culture et la science.

- Proposer des politiques innovantes et créatives :
L’Etat doit mettre en place des politiques culturelles radicalement différentes afin de répondre à la mutation de la culture induite par Internet.
Tout en assurant la libre circulation des idées et des œuvres, les politiques culturelles doivent créer les conditions propices à la production et à la diffusion de créations culturelles diversifiés. Il y a une nécessité urgente pour l’Etat à agir directement sur les industries culturelles en leur donnant les moyens de s’affirmer à l’échelle locale et mondiale.
La politique culturelle de l’Etat doit utiliser tous les moyens d’action à sa disposition afin de revitaliser la culture française qui s’affaiblit de jour en jour.
Il s’agit premièrement d’un soutien opérationnel, c'est-à-dire de la création de nouvelles structures de productions culturelles publiques et de la réaffectation de moyens financiers plus considérables dans les structures publiques existantes. Ces structures culturelles auraient pour mission de rémunérer équitablement les créateurs et de donner une chance à des artistes inconnus de se lancer sur le marché de l’Art.
Deuxièmement, l’Etat a le devoir de réglementer les usages culturels afin de garantir un accès universel à la culture.
Toutes les copies non-commerciales ainsi que leur utilisation devraient être totalement gratuite. Le partage de fichiers et les réseaux Peer to Peer devraient être encouragés plutôt que criminalisés. Plus La culture et le savoir sont partagés plus ils seront valorisés. Internet pourrait devenir la plus grande bibliothèque publique de tous les temps.
Nous souhaitons également une interdiction complète des technologies DRM ainsi que des clauses contractuelles qui ont pour but de restreindre les droits légaux des consommateurs dans ce domaine.
La création d’une licence globale prélevée sur les abonnements des fournisseurs d’accès Internet légalisant le téléchargement est une mesure inévitable afin de compenser les pertes du secteur privé culturel, mais également afin de permettre à l’Etat de financer les usages culturels non commerciaux et les structures culturelles publiques. Les fournisseurs d’accès Internet, de même que les constructeurs de matériel informatique sont en effet directement responsables de la chute des bénéfices liés à la culture, puisqu’ils réalisent des bénéfices en progression constante par la vente de biens et de services d’accès à la culture. Les consommateurs n’ont pas à payer de supplément, puisqu’ils payent déjà un abonnement Internet et du matériel informatique à un prix exorbitant pour accéder à la culture. L’Etat doit réglementer ce prix et prélever une licence globale sous la forme d’une taxe sur les abonnements et le matériel informatique qui ne doit pas être répercutée sur les prix.
Le rôle de l’Etat est non seulement de sauvegarder la diversité culturelle en danger, mais également de sensibiliser les citoyens à la culture par sa promotion et sa diffusion.

- Les biens et services culturels, des marchandises pas comme les autres
Les productions culturelles humaines sont porteuses d’identité, de valeur et de sens, et à ce titre, elles ne doivent pas être considérées comme des produits comme les autres.
Ainsi la rémunération des auteurs et des artistes ne doit pas se limiter à un pourcentage sur les ventes, comme c’est le cas aujourd’hui.
Ce système n’est pas équitable, car il rémunère les artistes les plus vendus et non les plus doués ou les plus travailleurs.
Le système actuel ne permet pas la diversité de l’offre créatrice et met à l’écart les artistes les plus méritants, les laissant sans ressources et sans vecteurs de diffusion efficaces, appauvrissant ainsi notre culture.
L’intérêt du développement de la créativité contemporaine va dans le sens d’une rémunération équitable du travail créatif.
L’Etat doit protéger les usages culturels non-commerciaux afin de garantir une réelle diversité culturelle. Une rémunération équitable des auteurs doit être assurée par les structures culturelles publiques sur la base de critères qualitatifs. Nous devons abandonner le système de rémunération en fonction de l’audience et des ventes. Le monopole de l'auteur ou des ayants droit d'exploiter commercialement un travail esthétique devrait être limité à cinq ans après la publication. Personne n'a besoin de faire de l'argent soixante-dix ans après sa mort. Aucun studio de cinéma ou maison de disques ne fonde ses décisions d'investissement sur la probabilité que le produit sera intéressant à tous ceux qui vivront 100 ans plus tard. La vie commerciale des œuvres culturelles est terriblement courte aujourd'hui. Si vous n'avez pas fait de l'argent dans la première ou la deuxième année, vous n'en ferez probablement jamais. Une durée du droit d'auteur de cinq ans pour un usage commercial est plus que suffisant. L'utilisation non commerciale doit être gratuite dès la première journée.
La défense des droits des créateurs est indissociable du droit public d’accès à la culture, conformément à l’article 27 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Le réseau Internet doit être pleinement utilisé pour diffuser la culture à tous par le téléchargement, mais également afin de permettre à tous de participer à la vie culturelle par une diffusion diversifiée des œuvres culturelles.

II) Abolition des brevets :
Humaniser la mondialisation

A) Solidarité internationale

La richesse des Occidentaux est probablement une des causes directes de l’appauvrissement du reste de la planète, du fait de l’histoire coloniale, et de l’exploitation des ressources naturelles de nombreux pays qui continue encore aujourd’hui. Pour s’en convaincre, il suffit de constater la différence entre le prix d’achat des ressources (pétrole, diamants, or) et le prix de revente dans notre pays.
Nous avons quoi qu’il en soit une responsabilité vis-à-vis de la pauvreté qui accable ces pays.
Les brevets sont un obstacle inacceptable à la production de médicaments dans les régions du globe où ils seraient les plus utiles. Les brevets pharmaceutiques tuent chaque jour des gens dans les pays du tiers monde. Ils empêchent notamment la recherche de sauver des vies en obligeant les scientifiques à verrouiller leurs conclusions en attendant la demande de brevet, au lieu de les partager avec le reste de la communauté scientifique.
Le dernier exemple en date est le virus de la grippe aviaire, où pas même la menace d'une pandémie mondiale n’a pu faire renoncer les instituts de recherche à obtenir un brevet et ainsi éviter un massacre.
Il est de notre devoir moral de faire parvenir non seulement les médicaments les plus récents et les plus performants aux pays pauvres, mais aussi de leur transmettre tous les savoir-faire médicaux les plus pointus afin qu’ils puissent se soigner décemment. Cela permettrait non seulement de résoudre ces problèmes, mais aussi d'accorder plus d'argent pour la recherche pharmaceutique tout en réduisant les dépenses publiques de médicaments de moitié.
La France et l’Europe doivent également transmettre toutes les technologies susceptibles d’accélérer le développement durable des pays en voie de développement, et lutter contre la fracture numérique en favorisant l’accès aux nouvelles technologies. Nous devons les aider à maîtriser les technologies de l’information et faciliter à la fois la circulation numérique des produits culturels endogènes et l’accès de ces pays aux ressources numériques d’ordre éducatif, culturel et scientifique, disponibles à l’échelle mondiale.
Nous exigeons encore le respect des conventions internationales, et notamment tous les fondements juridiques du Droit International, établis par L’ONU.
L’UNESCO a la responsabilité de servir d’instance de référence et de concertation entre les Etats, les organismes gouvernementaux et non gouvernementaux internationaux, la société civile et le secteur privé pour l’élaboration conjointe de politiques en faveur de la diversité culturelle. Cette instance doit être autorisée à exercer son rôle dans la remise en question des brevets et des droits d’auteur.
Il s’agit dans un premier temps d’approfondir le débat international sur les liens de la diversité culturelle avec le développement et son impact sur la formulation des politiques nationales et internationales.
Dans un second temps, l’objectif serait de créer une Loi internationale instaurant une licence globale mondiale pour toutes les productions culturelles et scientifiques, financée par les Etats.

B) Libre circulation des idées

L’Europe ne peut pas se construire sans le peuple européen. Nous constatons le refus par referendum, ferme et définitif, d’une constitution européenne inscrivant dans le marbre des principes économiques ultra-libéraux, par la France, les Pays-Bas et L’Irlande. Nous attendons donc que toutes les conséquences en soient tirées. L’Europe ne peut être unie par des principes économiques imposés arbitrairement à des peuples distincts qui n’en veulent pas. Le seul moyen d’unir les peuples européens est de les associer dans ce qu’ils ont de commun : l’Histoire, la Culture ; la Science et l’Art, ainsi que la Démocratie.
Nous condamnons le non respect des principes démocratiques les plus élémentaires par les institutions européennes, allant jusqu’à tenter par deux fois d’imposer le même texte constitutionnel, heureusement sans succès.
Pour unir l’Europe, nous préconisons la libre circulation des savoirs culturels et scientifiques sous leur forme numérique. La mobilité des chercheurs et des artistes, prise en charge par la communauté des Etats dans le cadre de programmes culturels et scientifiques européens, est également de nature à resserrer les liens.
Toutes les cultures doivent pouvoir s’exprimer et se faire connaître. Le multilinguisme, le pluralisme, la possibilité pour toutes les cultures d’être présentes dans les moyens d’expression et de diffusion, sont des conditions de nature à renforcer les capacités de création et de diffusion à l’échelle mondiale.
Des politiques favorisant l’inclusion et la participation de tous les citoyens, de personnes et de groupes venant d’horizons culturels variés, sont garantes de la cohésion sociale, de la vitalité de la société civile et de la paix.
Les brevets vont du "moralement répugnant" (comme les brevets sur les organismes vivants ou les médicaments) au « gravement nuisible » (brevets sur les logiciels et les méthodes d'affaires), en passant par le « tout simplement inutile » (les brevets sur les industries de manufacture). Les brevets et la propriété intellectuelle obstruent la libre circulation des savoirs culturels et scientifiques. Ils sont un obstacle aux conditions de la paix internationale, et doivent être abolis. L'Europe a tout à gagner et rien à perdre en supprimant purement et simplement les brevets. Si nous sommes des leaders, le reste du monde finira par suivre.


III) Défense des libertés individuelles :
Opposer une vision culturelle et scientifique aux lobbys industriels

A) Impératif éthique du respect de la dignité de la personne humaine

A la suite des évènements du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l'Europe s'est laissé emporter dans une réaction de panique. Pour tenter de mettre fin au terrorisme, les Etats ont augmenté le niveau de surveillance et de contrôle sur l'ensemble de la population. L’Europe est le fruit d’une Histoire, et nous devrions savoir mieux que les autres que de telles politiques entraînent de grands risques totalitaires. Vingt ans se sont à peine écoulés depuis la chute du mur de Berlin.
Les nouvelles technologies et la science sont porteuses de grandes évolutions pour l’humanité, mais elles sont également susceptibles de nous mettre en danger si elles sont mal utilisées. L’aspect deshumanisant des biotechnologies et des technologies de surveillance réclame la plus grande prudence.
Ainsi, l’accompagnement de la commercialisation des innovations technologiques par des comités éthiques est nécessaire afin d’encadrer le progrès par une réflexion et une évaluation sereines.
Cet accompagnement doit être garanti par l’indépendance financière et politique des comités éthiques, mais également celle des organismes d’expertise et des autorités de contrôle.
De même, si les fichiers de renseignement peuvent être utiles, leur utilisation doit être réglementée, limitée et sévèrement contrôlée. Le fichage de l’ensemble de la population n’est pas une bonne solution, car en voulant protéger ainsi des êtres humains, on nie leur droit à une vie privée et on les asservit.

B) La diversité culturelle, patrimoine commun de l’humanité

La diversité culturelle est une source d’échanges, d’innovation et de créativité. Elle doit être transmise intacte et entière aux générations futures, au même titre que la biodiversité de notre planète. Le patrimoine, sous toutes ses formes, doit être transmis aux générations futures. En favorisant l’échange des connaissances, nous sauvegardons le patrimoine de l’humanité. La culture est un moyen d’accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante. L’article 27 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme garantit le droit à la culture. Les droits de l’homme sont universels, indissociables et interdépendants.
Toute personne doit pouvoir s’exprimer, créer et diffuser ses œuvres ; toute personne a le droit à une éducation et une formation de qualité ; toute personne doit pouvoir participer à la vie culturelle ; toute personne a droit au respect de sa propre culture et de ses choix de pratiques culturelles, dans la limite du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. La liberté d’expression, le pluralisme des médias, le multilinguisme, l’égalité d’accès aux expressions artistiques, au savoir scientifique et technologique – y compris sous la forme numérique – sont les garants de la diversité culturelle
Encourager l’accès universel, à travers les réseaux mondiaux, à toutes les informations qui relèvent de la Culture et de la Science, est le moyen le plus efficace de protéger et de valoriser notre patrimoine.


C) De nouveaux contre-pouvoirs

La démocratie doit s’adapter aux nouvelles possibilités offertes par les nouvelles technologies. Toutefois nous devons prendre garde à la fiabilité des technologies utilisées. L’abandon du vote électronique s’impose, car la manipulation des résultats sur les machines électroniques est extrêmement facile. De plus ces machines rendent le processus de vote et de décompte des voix opaque et empêchent tout contrôle des citoyens.
La démocratie représentative a aujourd’hui montré ses limites, puisque les représentants du peuple n’écoutent pas le peuple mais les lobbies industriels et financiers.
La mise en place d’assemblées locales dans chaque quartier, chaque arrondissement, chaque ville, chaque département et chaque région est une mesure de nature à introduire un réel contre-pouvoir incarné par la société civile elle-même. Il s’agit de promouvoir la démocratie directe dans notre régime politique.
Vu la difficulté de mise en œuvre de cette proposition, nous émettons l’idée de dématérialiser ces assemblées en leur donnant une forme numérique. Chaque assemblée numérique serait complètement indépendante des autres pour ce qui est de l’enregistrement des votes mais aussi pour le contenu des questions soumises au vote, ce qui empêchera la manipulation des résultats.
Internet est une technologie adaptée à la création de ce contre-pouvoir coalisant toutes les forces de la société civile, et ce notamment grâce à l’utilisation et l’amélioration des forums qui fleurissent déjà sur le web.
Une pyramide de forums publics s’étalerait, du quartier local jusqu’à l’échelon mondial, avec des sous-divisions spécifiques à certains domaines, mais également des forums généraux. Chaque échelon local élirait ses représentants au suffrage universel. Il y aurait des forums dont la consultation serait publique, mais la participation réservée aux élus. Il y aurait également des forums où tout le monde pourrait participer, proposer ses idées et commenter les débats des élus. Chaque prise de décision serait l’occasion d’assemblées locales réelles à trois temps de parole (société civile, majorité élue et opposition élue), lesquelles seraient filmées, enregistrées et diffusées sur le réseau. Techniquement, les forums Internet devraient présenter le même fonctionnement général à tous les échelons, mais la réalisation technique de ces forums devrait pouvoir varier selon les échelons locaux et serait régulièrement soumise à un vote pour choisir le logiciel le plus ergonomique et le plus efficace. Le fonctionnement général serait soumis à certains principes :

- des arbitres neutres seraient chargés d’assurer le fonctionnement technique des forums, le respect des droits de l’homme au cours des débats et l’illustration de ces débats au moyen de supports vidéo, audio et texte. Ils devraient s’assurer du classement thématique des préoccupations des participants.
Leurs responsabilités d’administration et de modération seraient votées au suffrage universel.

- Chacun serait libre d’apporter aux débats ses sources, ses idées et d’initier de nouveaux sujets s’ils n’ont pas été déjà ouverts sur le forum en question.

- Les élus au suffrage universel de chaque forum auraient pour fonction de faire la synthèse des différents sujets et de faire transiter cette synthèse à l’échelon supérieur, de diffuser ces synthèses dans tous les médias et de les faire parvenir jusqu’au pouvoir public.

- Chaque synthèse devrait donner lieu à un débat contradictoire, avec un espace de réponse prévu pour les opposants et les partisans, suivi d'un vote au suffrage universel.


IV) Agir dès à présent

Zones Autonomes Temporaires (TAZ)

Une zone autonome temporaire est un espace de manifestation, de revendication et de création artistique. Il s’agit de prendre possession d’un lieu ou d’un bâtiment. Une TAZ doit se donner un objectif, et dès que cet objectif est rempli ou que la zone est menacée par des forces de police, tous les participants doivent partir et se diriger vers une autre zone où attendent des renforts et des réserves d’eau, de boissons chaudes, et de nourriture. La communication par sms doit permettre à tous les participants de se coordonner en se donnant des lieux de rendez-vous.

Lieux d’action :

Rue, Lycées, Universités, laboratoires, sièges de radios, de télévision, de journaux, sièges d’entreprises, maisons de disque, studio de cinéma, maisons d’éditions, siège des Fournisseurs d’accès à Internet, lieux de grèves, de manifestations, transports publics, institutions (ministères, Assemblée Nationale, Sénat), …

Objectifs des TAZ :

Distribution de tracts
Diffusion des idées dans les médias (Internet, journaux, radios, télévisions)
Manifestation
Grève
Occupation de locaux publics
Blocage des institutions (lycée, université, …)
Création artistique, …

09 décembre 2008


La crise ne concerne pas les riches.

La crise financière dite "des subprimes" et ses conséquences ne concernent pas les riches.
En effet, les actionnaires, sur 10 ans, ont vu leur portefeuille boursier gonfler d'au moins 200%.
En revanche, depuis le début de la crise, on constate des pertes atteignant au grand maximum 20%.
Donc 200% de bénéfices moins 20% de pertes, cela équivaut toujours à 180% de bénéfices. Ce chiffre est un minimum.
Les actionnaires gagnent un peu moins qu'avant dans une logique à court terme et seulement dans cette logique. Dans une évaluation à moyen ou à long terme, les bourses et les actionnaires se sont largement enrichis, et ça continue.
Ce qu'il faut comprendre dans cette crise, et qui n'est absolument pas relayé par les médias, c'est que nous assistons à l'effondrement d'un système idéologique, à savoir le capitalisme financier ultra-libéral. Il s'agit d'une crise idéologique et politique, qui n'est ni financière ni même réelle.
En effet, le capitalisme financier est comparable à une bulle virtuelle qui gonfle et qui gonfle, pour reprendre l'image usuelle.
Le seul moyen que les banquiers et autres acteurs boursiers ont trouvé pour nous faire croire que cet argent soit réel repose sur la manipulation de l'information médiatique.
Ils ont posé un capteur à l'entrée de la bulle ou du ballon, et mesurent les flux d'argent qui entrent. Ainsi, lorsque beaucoup d'argent entre pour gonfler d'avantage la bulle, la satisfaction est générale et on nous assure que l'économie est en pleine croissance. En revanche, lorsque la bulle ne gonfle plus mais se contente de maintenir son volume, on nous alerte, nous terrorise par ce mot : crise.
Qu'est-ce qu'une crise ?
Un moyen de faire peur à la population pour ainsi immobiliser ses forces vives face aux réformes antisociales mises en place. Une manière de focaliser l'attention sur des chiffres qui représentent le taux de remplissage d'une bulle gigantesque et non le volume de l'ensemble de la bulle. Lorsqu'un taux diminue, jusqu'à devenir négatif, cela ne signifie absolument pas que les actionnaires ou les entreprises ne font plus de bénéfices. Cela indique simplement qu'ils en font un peu moins qu'avant.
Cet aveuglement est la conséquence directe de l'idéologie du capital financier, qui consiste à faire le plus de bénéfices possibles le plus rapidement possible, ce qui aboutit à des évaluations de l'économie limitées à des taux de rendement totalement non représentatifs. Ce modèle est incarné par l'idéologie dominante actuellement en Amérique du Nord et en Europe, particulièrement en France.
Des pays comme le Japon, ou encore ceux d'Europe du Nord (Norvège, Suède, Finlande) connaissent une idéologie différente. Il s'agit du capitalisme industriel. Là, il n'est plus question de rendement. Il s'agit de créer le meilleur produit de la meilleure manufacture possible, de manière à battre tous les autres, moins chers, sur le plan de la qualité. Ainsi, à court terme, l'investissement et le rendement ne sont pas rentables, mais à long terme, les bénéfices seront forcément au rendez-vous, puisque le produit est meilleur et plus durable que les autres. Concrètement, il s'agit d'un modèle différent de consommation. Vous vous étonnez de devoir changer votre téléviseur, votre machine à laver ou votre voiture tous les 3 ans ? Dites vous bien que les ingénieurs ont prévu cette durée de vie limitée précisément pour que vous achetiez à nouveau le même produit périssable et polluant.
La crise financière n'est donc qu'une illusion informative. Les capitaux continuent à augmenter. En revanche, ce qui est inquiétant, c'est que les stratégies à long terme commencent à entrer dans leur phase la plus prolifique face à des logiques à court terme pauvres et inefficaces. Le Japon est un exemple de cette concurrence, puisqu'il est depuis longtemps déjà Deuxième puissance économique mondiale. Mais surtout, la Chine, qui a été la plus sévèrement affectée par la récente crise, apparaît comme championne des logiques à court terme et ainsi imbattable par ces mêmes logiques. Les Occidentaux n'ont aucune chance face à cette Chine innombrable au taux de croissance avoisinant les 8%.
Que pouvons nous faire avec 1% ou même 4% de croissance ? Simplement nous incliner et abdiquer de notre empire économique, battus par les illusions que nous avons nous-mêmes créées.
Si j'affirme que cette crise ne concerne pas les riches, c'est d'une part parce que l'illusion de la crise cache une réalité de bénéfices financiers continus depuis au moins 10 ans. C'est d'autre part parce que cette illusion sert de légitimation à l'idéologie ultra-libérale, qui consiste en un renversement du marxisme, c'est à dire une lutte des classes où l'État prend systématiquement des mesures pour rendre les riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres. Ainsi, les 7000 milliards de dollars déboursés en faveur des banques défaillantes selon leurs propres critères d'évaluation. Certains avanceront qu'il s'agit de prêts et non de dons. Cette hypocrisie ne peut pas couvrir ces opérations, où les seuls perdants sont l'État et les citoyens qu'il représente.
L'État et les États auraient du entrer au capital de ces banques irresponsables et incompétentes, au lieu de signer un chèque en blanc. Imaginons un citoyen lambda, qui a contracté un découvert de 10 000 dollars. Il se rend donc à sa banque et demande un prêt de 100 000 dollars, car ainsi il parviendra à rembourser les 10 000 dollars de manière garantie ! De qui se fout on ? La réponse normale à cette demande devrait toujours être non, que ce soit celle d'un citoyen ou celle d'une banque. Le constat affligeant d'un règlement des crises selon deux poids deux mesures s'impose.
De plus, non contents de cette prime, de ce bonus de fin d'année pitoyable, les spéculateurs préfèrent désormais spéculer sur les matières premières, plus réelles que les instituts financiers, c'est à dire l'industrie agro-alimentaire. C'est un mouvement qui a commencé depuis l'année dernière, car la crise a été anticipée par ces gens fort bien renseignés. Du coup, les prix de l'alimentation ont augmenté en flèche, jetant dans la rue des centaines de milliers de manifestants contre la famine partout dans le monde, ce que nos médias adorés se sont bien gardés de nous montrer, ou si peu. Un enfant meurt de faim toutes les 5 secondes sur cette planète.
Regardez bien la somme des 7000 milliards de dollars gracieusement "prêtée" aux banques. Il faut 30 milliards de dollars par an pour éradiquer la faim dans le monde. La somme déboursée ou plutôt créée pour relancer la finance mondiale aurait pu nourrir toute la planète durant 233 ans.
Pour conclure, et se rapprocher de nos conditions de vie occidentale, ce qui va se passer, c'est que peu à peu l'économie réelle va être affectée par cette "crise". Augmentation du lait, du pain, de tous les produits de première nécessité. Parallèlement, les gouvernements vont profiter de la paralysie des peuples induite par le conditionnement médiatique terrorisant tout un chacun pour faire passer des réformes favorables aux dirigeants d'entreprises, aux foyers aisés, en nivelant les salaires par le bas tout en augmentant le temps de travail. Forcément, plus on travaille, moins on réfléchit. Le résultat sera un appauvrissement des classes moyennes et une augmentation exponentielle de la misère dans tous les pays. Si on y ajoute quelques guerres loin de chez nous pour nous divertir et enrichir un peu plus les entreprises pétrolières, je ne vous propose pas de perspective réjouissante. La pire possibilité serait que les peuples se révoltent, car cela entraînerait beaucoup de souffrances inexorablement et un chaos d'au moins 50 ans.
50 ans, c'est à peu près le nombre d'années qu'il nous reste avant d'épuiser toutes les ressources pétrolières de la planète. Encore un autre chiffre : pour donner à l'ensemble de l'humanité l'équivalent du niveau de vie actuel d'un américain, il faudrait 9 planètes.

07 octobre 2008


Jupe Obligatoire.

Le théâtre est un art ancien et puissant.
Toute la virtualité, puissance potentielle des sentiments et des émotions humaines y est ritualisée, chorégraphiée. La transmission théâtrale est cependant variable, selon que l'on est captivé par le jeu des acteurs ou non.
Le théâtre est virtuel dans la mesure où il offre une liberté de création, d'imagination pleine de potentialités. Cette virtualité est encore soulignée lorsqu'il s'agit de théâtre improvisé, mais elle est déjà évidente sous la plume du scénariste, qui, pour une situation donnée, pourra à loisir faire évoluer les personnages, leur caractère et leurs émotions. L’intention du metteur en scène, fonction de l’orientation qu’il choisit, est également un vecteur fort de virtualité potentielle.
Le théâtre est encore virtuel, jeu, comédie, faux-semblant.
Même s’il tend parfois à l’imiter, il est en dissonance avec le réel. Le théâtre est métaphorique, allégorique, caricatural, pictural.
Parfois nous nous laissons prendre au piège, innocents, ouverts aux drames, à l'ironie des scènes de vie qui prennent corps sous nos yeux. Nos oreilles ne sont pas en reste, la voix des acteurs porte le caractère des personnages et leur permanence, donne une réalité particulière à ces petits moments que nous appelons « Théâtre ».
Michel Leiris, ethnologue, critique d'art, analyse la possession rituelle au moyen des notions de théâtre joué et de théâtre vécu. Dans son ouvrage, « La Possession et ses aspects théâtraux chez les éthiopiens de Gondar », il nous fait part de la synthèse des observations qu'il a réalisées lors de l'expédition Dakar-Djibouti de 1931-1933.
Dans la Grèce antique, l'apparition de genres théâtraux comme le dithyrambe et le drame satirique ou sélénique est liée à un culte à base de possession, le culte de Dionysos. Ainsi, les génies éthiopiens, les zars, qui possèdent les adeptes, ont un caractère théâtral mis en exergue par les conduites accomplies en leur nom, dans des situations ritualisées aux couleurs très dramatiques.
Les zars éthiopiens ne sont pas sans rappeler des figures comme celles qu'incarnaient les acteurs romains des antiques atellanes, ou, en des temps plus récents, leurs successeurs italiens de la commedia dell'arte. Ces personnages, modelés par la tradition, gardent en effet une permanence de caractère au cours des intrigues diverses dans lesquelles ils sont joués. A chacun de ces personnages correspond tout un registre particulier de comportements dans lequel l'acteur puise au gré de son improvisation.
I Pagliaci (Paillasse), l'opéra de Ruggero Leoncavallo, donne à voir un exemple de cette double notion de théâtre vécu et de théâtre joué chère à Leiris.
Tonio, le bouffon d'une troupe de comédiens ambulants, fait des avances à Nedda, la femme de Canio, le directeur de la troupe. Celle-ci le repousse, mais Tonio surprend une conversation amoureuse entre elle et son amant, Silvio, un jeune paysan. Tonio s'empresse d'aller le rapporter à Canio, qui menace alors sa femme. Cependant, le spectacle doit commencer. La pièce présentée aux villageois, dans laquelle Canio tient le rôle de Paillasse, Nedda celui de Colombine, est si proche de la réalité, que Canio-Paillasse poignarde réellement Nedda-Colombine. Elle appelle à l'aide Silvio, qui se trouve parmi les spectateurs, lequel se précipite sur la scène pour finir lui aussi poignardé par Canio. Tonio, le bouffon, déclare au public : « La comédie est finie ! »
Cette vie dans le théâtre, ce théâtre dans la vie est appelé vérisme en littérature et en opéra.
L'opéra de Leoncavallo exprime avec force ce qui se présente à la fois comme du théâtre joué et du théâtre vécu, grâce à la convergence de deux thèmes, les larmes sous le rire et la vérité sous le théâtre. Nous sentons bien qu'il y a quelque chose de sérieux sous l'apparence du jeu.
Ce théâtre est vécu par les acteurs, mais aussi par les spectateurs, qui deviennent partie prenante de la pièce, jouent avec les acteurs.
Lors des possessions rituelles en Éthiopie, c'est la vie collective elle-même qui prend forme de théâtre.
Leiris évoque l'ambigüité des états de possession, de transe déclenchée par la danse ou le gurri, mouvement pendulaire du corps des possédés, orchestrés par des sacrifices réguliers d'animaux.
Ces personnages, les zars, joués quotidiennement, qui se transmettent de génération en génération, expriment toute l'importance du jeu, de la comédie dans ces états limites. D'où le concept de théâtre joué, accolé à celui de théâtre vécu.
En effet les possédés ne sont pas toujours des habitués rompus à cet exercice, ils sont bien souvent des malades venus demander la guérison à une possédée professionnelle, dont le commerce avec les esprits zars lui assure le soutien et la protection.
De nombreux cas de possession sont sincères ou inconscients, encore que l'on puisse soulever la question de l'éducation et de la culture, qui ont une influence plus ou moins consciente sur le possédé.
L'accusation de mauvaise foi, même inconsciente, ne semble pas justifier le fait qu'un malade se transforme en acteur. Au contraire, ce serait plutôt la croyance totale de chaque individu, sa Foi en la réalité particulière des zars qui expliquerait ce passage d'un état de détresse à un état de jeu.
Ce jeu entre l'apparence et la vérité, la simulation et la sincérité, appuyé sur un cadre fortement réaliste, caractérise l'outrance vériste.
L'illusion théâtrale, où se confondent réel et comédie, a pour conséquence de créer une synchronicité entre la scène virtuelle jouée et la scène somme toute assez ordinaire, vécue, d'un groupe de spectateurs amassés dans un théâtre. C'est pourquoi je parlerai plutôt de théâtre synchrone. Un fond commun à la réalité concrète et à l'illusion théâtrale se manifeste sous la forme d'interactions entre le public et les acteurs.
Un acteur caché dans le public, qui soudain en sort, effectue une liaison entre les deux mondes, ouvre une porte qui donnera l'occasion au public de répondre lorsqu'il est interpellé. Le jeu dans le jeu est un préliminaire au jeu qui se fait véridique, tombe tout à coup comme sérieux et dramatique.
L'essence même du théâtre est ici approchée, tant le jeu se fait miroir des spectateurs et des acteurs en tant qu'êtres humains.
Les émotions et les sentiments en jeu sont des vecteurs de transmission. Tels des possédés, les acteurs en usent pour toucher les spectateurs, mais ne sont pas toujours menteurs, sont parfois touchés d'eux-mêmes. Le fait de rencontrer des acteurs après les avoir vus jouer une pièce est un bon moyen de se rendre compte de leur sensibilité réelle, de tout ce que cela implique de vérité derrière l'illusion théâtrale, de jeu divin derrière la comédie des vivants.
Le théâtre synchrone, dans son rapport à l'improvisation, est susceptible de laisser apparaître des marques d'inconscience réelle. En effet, puisque les acteurs jouent des personnages eux-mêmes acteurs qui jouent un jeu sans fin, une part de leur nature véritable est présente sur scène. Un lapsus ou une faute de diction ne sera plus une erreur, mais une preuve de l'inconscience des acteurs, et ainsi de leur présence humaine, réelle, non plus réaliste, qui sera complètement intégrée à la pièce. L'inconscience est exprimée momentanément, vécue, dans un cadre continu de théâtre joué consciemment.
Or, la possession, justement, est définie par Leiris comme une ambivalence entre comédie et inconscience des individus possédés, en état de transe extatique, le tout dans un cadre culturel ritualisé.
Le théâtre synchrone est donc un théâtre vécu par le public et les acteurs à des moments brefs et ponctuels, à ce titre, il sort du théâtre pour toucher simultanément aux réalités intimes virtuelles et aux illusions poétiques et théâtrales.